Prolifération d’armes en Afrique de l’Ouest : des sources de plus en plus variées

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L’effondrement du régime libyen en octobre 2011, sous les coups de boutoir des bombardiers de l’OTAN, a fortement accru les trafics d’armes vers les régions voisines d’Afrique de l’Ouest, en particulier dans le Sahel. Articulé autour de la problématique de la prolifération régionale des armes, un rapport de l’organisation britannique Conflict Armament Research (CAR) a été publié en novembre 2016. Fruit d’une enquête de terrain menée durant dix mois à travers huit pays de la zone, ce rapport vise à cartographier les flux d’armements et identifier les diverses sources d’approvisionnement des groupes insurgés et combattants islamistes présents dans le nord et l’ouest de l’Afrique. Ce travail de recherche tend à retracer l’évolution du phénomène de 2011 à nos jours et procède à la mise à jour des données disponibles, mettant en exergue certaines dynamiques inédites. Parmi celles-ci, relevons notamment ces éléments :

  • La Libye, une source majeure d’approvisionnement en armes : L’enquête a permis d’identifier des armes « très probablement » détournées à partir des stocks libyens dans six pays du Moyen-Orient et d’Afrique – dont le Mali, la Côte d’Ivoire, le Tchad, le Niger ou la République centrafricaine – confirmant ainsi « la grande dispersion du matériel de l’ère Kadhafi ». Parmi ces armes, l’on trouve notamment des missiles anti-aériens portables de fabrication russe, des roquettes de fabrication nord-coréenne, des fusils d’assaut polonais et des obus de mortier de fabrication belge et française.
  • Baisse des flux d’armements en provenance de Libye : A partir de 2012, et plus encore depuis 2014, les chercheurs ont constaté une diminution progressive de la disponibilité, au niveau régional, des armes issues des stocks accumulés sous le régime Kadhafi. Celle-ci semble être due à la hausse de la demande locale en armement, laquelle résulte de l’intensification des conflits communautaires intra-libyens.
  • Des armes en provenance de stocks d’armées africaines : Le rapport contredit l’idée selon laquelle la Libye serait, à l’heure actuelle, la principale source d'armement dans la région. Ainsi, les groupes djihadistes du Nord-Mali utilisent majoritairement de l'armement issu du pillage des casernes de l'armée malienne. En outre, des armes importées avant 2004 par le gouvernement de Côte d’Ivoire et récupérées auprès d’anciens rebelles dans ce pays approvisionnent actuellement des groupes armés dans le Sahel.
  • Source commune d’armement au Sahel et au Moyen-Orient : Le rapport souligne que, à partir de la mi-2015, les combattants islamistes présents au Sahel ont fait usage de matériel de guerre jusqu’alors absent de cette région, notamment lors d’attaques menées au centre et au sud du Mali, au Burkina Faso ou en Côte d’Ivoire. En comparant les numéros de série des armes de ces combattants avec ceux d’armes saisies auprès de membres d’Etat islamique en Syrie, les auteurs en concluent que groupes islamistes ouest-africains et moyen-orientaux bénéficient d’une source commune d’approvisionnement. (NK)

Pour en savoir plus : lire le rapport de CAR intitulé Investigating cross-border weapon transfers in the Sahel.

Photo : caisses de roquettes GRAD abandonnées à Gao (Mali) ; © CAR.